Contribution à l’évaluation de la consommation d’énergie en agriculture au Maroc
- Publié le : lun 04 juil 2011 , 10:43
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Contribution à l’évaluation de la consommation d’énergie en agriculture au Maroc
Cas des exploitations agricoles de  la zone de Meknès
Toute activité économique consomme de l’énergie : la croissance des activités a ainsi spontanément tendance à s’accompagner d’une augmentation des consommations d’énergie. Les réactions aux chocs pétroliers ont toutefois été à l’origine de politiques d’économies qui ont montré qu’il était possible de maintenir l’activité économique tout en diminuant les consommations d’énergie. Ceci a été possible en utilisant plus efficacement l’énergie.
La consommation unitaire d’énergie dans l’agriculture constitue un indicateur de l’efficacité avec laquelle l’énergie est utilisée dans ce secteur. Elle se présente comme le rapport entre la consommation d’énergies des exploitations agricoles pour un usage professionnel et la surface des exploitations. Elle est exprimée en tonnes-équivalent-pétrole par hectare, (tonne-équivalent-pétrole (tep)) : Unité de mesure employant le pouvoir calorifique du pétrole comme étalon et permettant de convertir les quantités physiques (m3, tonne, kWh…) des différentes énergies en une même unité.
Le monde est en train de traverser sa pire crise alimentaire depuis les années 70 : la hausse rapide des prix a déclenché des émeutes, avec des menaces de famine dans des douzaines de pays. La situation actuelle est sans précédent étant donné le nombre de produits de base affectés par la flambée des prix et les coûts record enregistrés simultanément pour les produits énergétiques.
A l’horizon 2030, la demande en énergie primaire se situerait entre 35 et 40 millions TEP en l’absence de politique d’efficacité énergétique rigoureuse. Elle tomberait dans une fourchette de 27-32 millions TEP si toutes les mesures d’économie d’énergie sont appliquées. Le Maroc a confirmé les axes de sa stratégie, à savoir: la sécurité d’approvisionnement, la réduction de la dépendance, la disponibilité de l’énergie, la maîtrise de la demande et la préservation de l’environnement. Le Maroc souhaite utiliser le charbon, le gaz naturel et des sources d’énergie renouvelable pour la production d’électricité.  En 2009, le Maroc a confirmé son objectif d’atteindre 12 % de part d’énergie renouvelable dans le bilan énergétique et 12 % de réduction de la consommation énergétique à l’horizon 2020. Et il a lancé le programme solaire marocain, visant l’installation d’une capacité de production électrique de 2000 MW à partir de l’énergie solaire d’ici 2020.
Le taux de dépendance énergétique du Maroc est élevé, et enregistre une hausse constante (93% en 1994, et 97% en 1999 et en 2000).La facture énergétique marocaine reste élevée et croît au rythme de la croissance simultanée de la demande d’énergie et des prix internationaux de l’énergie, elle s’est chiffrée à 53 milliards DH en 2007 et de l’ordre de 70 milliards DH en 2008 avec la flambée des prix du brut contre seulement 21 milliards DH en 2003, la part du pétrole absorbant plus de 85% de ces montants (Ministère de l’énergie et de mines, 2010).
L’épuisement annoncé des ressources naturelles non renouvelables et les externalités environnementales liées à la consommation d’énergie fossiles ainsi que les prix croissants des ressources énergétique posent la question énergétique au centre de l’évolution du paradigme technologique de l’agriculture et de l’agro-alimentaire. Quel est le caractère durable de l’agriculture en abordant l’efficacité énergétique et ses implications environnementales ? Pour y répondre, nous avons réalisé une étude empirique pour apporter un éclairage sur la consommation énergétique en agriculture au Maroc. L’objectif visé est double. D’une part, analyser et évaluer la consommation énergétique au niveau des exploitations agricoles, d’autre part, dresser le bilan énergétique et apprécier l’efficacité énergétique.
Pour atteindre ces objectifs, nous avons choisi de travailler sur des exploitations agricoles mixtes de la zone de Meknès. Ce choix se justifie par le besoin d’une analyse globale et intégrée de la consommation d’énergie donnant compte de la diversification des systèmes de production.
Les résultats de l’analyse de la consommation énergétique des exploitations agricoles  ont concerné un échantillon de 60 exploitations. De ces résultats, il se dégage que les matériels agricoles (41,33%), le gazole (27,57%), l’achat des aliments (18,10%) constituent les principales sources de consommation de l’énergie des exploitations agricoles. La part des semences, de l’électricité, des engrais et des amendements, des bâtiments, de l’énergie de l’eau et des produits phytosanitaires restent relativement faibles et représentent respectivement 8,63%, 2,91%, 0,62% , 0,42%, 0,38%, 0,04% du total de l’énergie consommée.
De même, la consommation totale d’énergie est évaluée pour une exploitation agricole moyenne à 339 EQF. Il s’ensuit que l’efficacité énergétique et le gain énergétique sont respectivement de l’ordre de 9,26 et 29427,4 GJ (Giga-Joule).
Par rapport à la taille de l’exploitation, les grandes exploitations ont présenté des efficacités énergétiques plus faibles que les petites. C’est-à -dire aussi que les grandes exploitations utilisent plus d’énergie, mais sans atteindre une efficacité énergétique. Par conséquent, les actions d’améliorations dans ce domaine devraient soutenir le développement des capacités des agriculteurs pour une utilisation rationnelle et efficace de l’énergie sous ses diverses formes. Par ailleurs, plusieurs difficultés se sont passées pour l’analyse de la consommation énergétique à l’échelle des exploitations agricoles. Elles résident dans la délimitation des frontières de chaque système analysé, l’additivité des formes différentes d’énergie, et les opérations culturales mises en Å“uvre.
Sur la base des résultats obtenus, plusieurs recommandations peuvent être émises :
Concernant l’aspect méthodologique visant à mieux évaluer le bilan énergétique des exploitations agricoles, il s’agit de :
-         Prévoir un système de collecte et d’analyse des données sur l’énergie afin d’améliorer la connaissance sur l’utilisation en agriculture. A ce niveau, nous proposons d’intégrer des enquêtes spécifiques sur la consommation d’énergie dans le cadre du système de statistique agricole;
-         Promouvoir la production de référentiels pour aider à la rationalisation de la consommation d’énergie à l’échelle des exploitations agricoles.
Sur le plan de la recherche de l’efficacité énergétique, nous recommandons de :
-         Organiser des opérations de diagnostic d’énergie des exploitations par la mise en place de dispositifs performant de suivi évaluation ;
-         Mettre en place de mécanismes d’incitation et d’encouragement pour inciter les agriculteurs à adopter des stratégies de rationalisation de l’utilisation de l’énergie ;
-         Soutenir et promouvoir la diffusion des outils de diagnostics d’énergie auprès des agriculteurs permettant le renforcement de leurs capacités à mieux utiliser l’énergie.


Article super intéressant et très en vogue. A mon humble avis, l’agriculture est un gisement incontournable en terme de biomasse énergétique. il ya indéniablement de véritables opportunités en matière d’efficacité énergétique et d’exploitation de la biomasse énergétique d’origine agricole ( produits organiques, fumier, résidus de plantes…).
Merci Mr EL ALOUI, effectivement si en se concentre là dessus, on vas biensur minimiser de l’énergie surtout que ça coute plus chère à ce qu’on pense, et on contre partie on lutte contre l’épuisement de l’énergie non renouvelable au Maroc.
Article trés intéressant avec un sujet d’actualité.Bon courage
Bonjour,
Votre bilan énergétique semble être adapté à une exploitation irriguée par un périmètre de grande irrigation, mais dans les zones (importantes) où l’eau d’irrigation provient des nappes phréatiques, le coût énergétique du pompage de l’eau est très élevé, il peut représenter un pourcentage important du bilan économique global de l’exploitation, et à ce titre mériterait plus d’attention de la part des autorités, qui n’incluent par exemple aucune incitation à l’investissement dans les énergies renouvelables dans le plan Maroc vert. On vous aide à acheter des moteurs thermiques pour consommer du GO ou du gaz que le Maroc importe à grand frais, mais rien sur les panneaux solaires ou les éoliennes, qui pourtant offre des rendements satisfaisants, tout autant technique que financier. Une ligne de microcrédit orienté vers le financement d’une myriade de petits projets sur une multitude de petites et moyennes exploitation pourrait solvabiliser les petits fermiers et participer à l’indépendance énergétique du pays en complément des mégaprojets du plan solaire marocain, Il manque des chercheurs de votre trempe pour s’atteler à la tache de présenter ce dossier d’une manière que peuvent comprendre les technocrates et les décideurs politiques.
Bon courage pour vos travaux. DM