Cyber parc Arsat Moulay Abdeslam
- 0 Commentaire
- 1110 vues
- Tweet
Un peu d’histoire
Les mots pour dire les jardins de Marrakech ont une histoire. Et cette histoire remonte aux origines, au moment où la cité-jardin commence à apparaître à l’état d’ébauche sous les Almoravides (XIe et XIIe siècle) et achève la consolidation de son patrimoine végétal et paysager sous les Almohades (XII-XIIIe siècle). Les Saadiens et les Alaouites ont complété la grammaire des jardins de la ville et enrichi son répertoire de nouveaux concepts.
Sans entrer dans les détails d’une terminologie complexe, retenons de ce vocabulaire les termes suivants qui ont servi anciennement à nommer ces jardins : Buhayra, Agdal, ‘Arsa, Jnân et Riyâd.
Buhayra (petite mer ; diminutif de mer). On a traduit ce terme tantôt par « lagune », tantôt par « grande piscine ». En réalité, il convient de revenir au sens littéral (petite mer) pour donner à l’expression toute sa signification. Dans le lexique arabe, « buhayra » désigne explicitement l’espace d’un jardin très étendu. Le même mot est utilisé aussi pour parler de Médine, la ville du Prophète, et par extension des agglomérations peuplées, qu’elles soient urbaines ou rurales.
G. Deverdun définit la Buhayra comme étant » un immense verger clos, doté d’un grand bassin (sahrîj) destiné à apporter une abondante provision d’eau pour l’irrigation des arbres fruitiers au milieu desquels des cultures intercalaires de légumes ou de légumineuses trouvaient place ». Il s’agit donc au départ d’un bassin d’accumulation dont le sens fut étendu de manière à couvrir le jardin avec ses dépendances. Quant à l’origine du terme, elle remonte, pour Marrakech, à la fin de l’époque almoravide (1061-1147). Elle peut même aller au-delà, si on prend en considération les jardins royaux de Tolède, de Cordoue et de Séville qui ont fleuri lors de la domination des Rois des Tayfas dans l’Espagne musulmane.
Rénovation du Parc
Un jardin oublié
Très vaste avec ses huit hectares, complexe, l’Arsat Moulay Abdeslam était un espace difficile et coûteux à maîtriser. Largement ouvert sur la rue, la population se l’était naturellement approprié.
Terrain de football, espace d’entraînement pour les acrobates de la place Jamaa El Fna, fête foraine coexistaient avec d’autres formes d’appropriation parfois plus dégradantes. Il s’agissait, après ces années d’oubli, de retrouver la mémoire du lieu, en l’absence de documents ou de plans écrits.
Les arbres, première mémoire du jardin
Les arbres menant longue vie, ce sont avant tout eux qui ont transmis la mémoire du jardin. Les oliviers les plus vieux, avec leurs deux à trois siècles d’âge, ont permis d’entrevoir, dans le fouillis végétal qui prévalait au début du projet, l’armature du jardin vivrier, l’Arsat du Prince Moulay Abdeslam. Ils dessinaient des carrés de culture ou des alignements dans lesquels se sont immiscés de nombreux végétaux adventices, arbres, arbustes ou simples plantes.
A côté de ces oliviers prenaient place des arbres emblématiques de la région à la naissance spontanée : Palmiers, Caroubiers et Chenus Therebensis. Au milieu des carrés de plantation ont été également retrouvés quelques agrumes. Mais la plupart de ceux-ci ont disparu, leur longévité étant loin d’égaler celle de leur voisins et ne leur permettant pas de traverser les siècles. Enfin, dans cette architecture végétale préservée, des traces de chemin et des anciens systèmes d’irrigation ont été retrouvées.
Dans la partie plus récente, celle datant du protectorat, le schéma était beaucoup plus apparent, des traces minérales subsistant à côté des traces végétales. Les oliviers ont également été utilisés en alignement. Les Bigaradiers, omniprésents dans les alignements des rues de Marrakech, sont naturellement présents dans l’Arsat.
Des Pins d’Alep et des Cyprès ont été plantés soit en alignement, soit en sujets isolés. Ce sont aujourd’hui des arbres parmi les plus remarquables du parc. C’est également dans cette partie du jardin, particulièrement au bord du boulevard Mohammed V, où se trouvaient des activités foraines, que l’on trouve les espaces les plus dégradées. Un pan entier du jardin a été effacé.
Un minutieux travail de recensement
Les arbres ont été recensés un à un, répertoriés, replacés sur un plan, et peu à peu la structure s’est dessinée avec toujours plus de netteté. Elle a finalement fait apparaître clairement deux jardins juxtaposés : un premier, l’Arsat proprement dit, jardin vivrier et d’agrément fondé par le Prince Moulay Abdeslam, avec ses arbres indigènes; un second, datant du protectorat avec ses alignements plus précis et ses arbres amenés de l’extérieur du royaume.
La philosophie de la rénovation
Après le travail du recensement vient celui de la rénovation. Mais quel type de rénovation choisir ? L’Arsat Moulay Abdeslam étant un élément du patrimoine marocain, c’est d’abord dans le respect de celui-ci que s’est inscrite la démarche de l’architecte et du paysagiste.
Le travail de réhabilitation qui pose le dogme de la vérité historique semble interdire de facto les mariages entre l’ancien et le nouveau, entre les matériaux traditionnels, comme la terre cuite, le bois et la pierre, et le béton ou l’aluminium. Le travail de rénovation a donc résolument dissocié les deux interventions : d’un côté la réhabilitation du jardin avec un souci permanent d’authenticité, sinon de vérité; d’un autre côté, les constructions nouvelles, ouvertes sur les techniques actuelles et le futur, affranchies de toute référence au traditionnel.


La réhabilitation du jardin
Les travaux de remise en état et d’infrastructure
Le travail de repérage soigneusement effectué a donné le point de départ. Les alignements d’arbres ont été conservés et consolidés, de même que les grands sujets isolés en bon état sanitaire. Le jardin a été débarrassé de tous les végétaux qui, plantés au gré des années entre ces lignes, l’avaient peu à peu conquis : Mimosas, Bigaradiers, Acacias, Grenadiers, Robiniers, Lilas des Indes, Figuiers, Micocouliers, etc. Certains arbres étrangers au tracé originel, comme les Bigaradiers, ont été récupérés pour compléter des alignements incomplets, notamment dans le jardin moderne. Pour reconstituer les alignements d’Oliviers, de jeunes arbres ont été plantés.
Les chemins retrouvés ont été retracés, par apport de matériaux naturels comme le sable et la terre battue, et surélevés, amplifiant résolument l’aspect de jardin décaissé, caractéristique de Marrakech. Plus de 18 000 m2 d’allées ont ainsi été refaits.
Reconstitution de l’Arsat à l’identique
Les carrés de plantation du jardin ancien ayant été remis à nu comme à l’origine, il s’agissait alors de les replanter conformément à leur usage ancien, celui de jardin vivrier. Ils ont reçu des agrumes (oranges, citronniers, mandariniers) qui produiront dans quelques années. D’autres ont été complantés en Luzerne, un fourrage destiné au bétail, pour recréer l’aspect qui était celui de ce jardin à ses débuts. D’autres encore recevront des plantations de légumes au gré des saisons.
Les bordures de l’Arsat ont été laissées volontairement à l’état naturel par souci d’authenticité. Seule une graminée, le Penicetum, a été plantée pour assurer leur délimitation. La légèreté de son feuillage un peu flou permet de souligner avec douceur le pourtour des carrés et de s’adapter à leur irrégularité.
Entre le jardin ancien, ou aucune barrière architecturale nouvelle n’a été érigée pour préserver authenticité et convivialité, et le jardin moderne, héritage du protectorat, une zone de transition a été conçue avec deux grands carrés de gazon. Elle se veut un lieu de convivialité, accessible, où les Marrakchis pourront s’installer.
Le jardin moderne
La construction du jardin moderne obéit à des règles plus strictes et géométriques, héritage des jardins à la française. Sa variété botanique est beaucoup plus importante. Le début du siècle dernier ayant été marqué par une fièvre de collectionneur, de nombreuses acclimatations ont été réalisées avec succès : Ficus, Filao, Pins d’Alep, Faux Poivriers, Palmier Dattier des Canaries, etc. Beaucoup de très beaux sujets, comme les deux immenses Ficus elastica, sont aujourd’hui des éléments maîtres de l’architecture du parc. La rénovation s’est inscrite dans le respect des parterres existants.
Les allées et leurs perspectives ont été renforcées. Dans ce jardin où les bordures prennent toute leur importance, celles-ci ont été refaites en brique de terre cuite dans la tradition marrakchie.
C’est dans le jardin du temps du protectorat que l’on trouve les seules pièces d’eau qui font la réputation des jardins Arabo-Musulman. Paradoxe apparent : l’Arsat est avant tout un jardin vivrier, lequel n’est pas doté de ces éléments d’eau si caractéristiques.
Quatre bassins ont été construits au niveau de l’ancien centre de l’Arsat, autour de quatre bigaradiers qui se trouvaient déjà à ces endroits. Dans la pure tradition de la ville, ils sont recouverts de zellijes émaillés verts et agrémentés de jets d’eau. Le projet de doter le jardin de plus grandes pièces d’eau a été abandonné pour des raisons compréhensibles de sécurité.
Autour de ces bassins a été développé un nouvel espace, le « jardin paradis ». Il se caractérise par un grand raffinement et une grande diversité végétale. Il est planté de végétaux au feuillage persistant, luisant, comme des agaves, des aloès, des yuccas, et d’autres à la floraison remarquable, comme les daturas, les hibiscus, les strelitzia.
Prolongeant l’esprit de l’Arsat, jardin nourricier, il a été délibérément choisi de ne pas créer de parterres de fleurs polychromes, comme on en rencontre généralement dans les parcs, un autre concept d’espace vert.
Les fleurs, comme les Bougainvillées Jennah, sont plantées en massifs monochromes, pour produire un effet de masse. Pour irriguer l’ensemble du jardin, un forage profond a été réalisé, le système originel d’irrigation par gravitation, à partir d’une très ancienne et longue Khettara, n’a pas pu être préservé : l’Arsat Moulay Abdeslam est aujourd’hui enclavée dans la ville. Elle est aujourd’hui irriguée par un système mixte : goutte à goutte et aspersion dans le jardin moderne, gravitaire dans le jardin nourricier, pour préserver son côté authentique. Cette irrigation traditionnelle, encore très largement pratiquée dans le pays, consiste à conduire l’eau dans des seguias en terre, et irriguer chaque arbre au pied par submersion.
Les constructions nouvelles
Insérer des constructions nouvelles dans un jardin ancien, dont on a eu le souci de retrouver l’histoire, est un défi difficile. Afin de respecter le lieu, les constructions ajoutées ont été regroupées en deux endroits.
Le premier se situe à l’entrée du jardin, au bord du boulevard Mohammed V. Utilisé jusqu’alors pour accueillir des attractions, toute trace du jardin primitif a été, nous l’avons vu, effacée. C’est en ce lieu qu’ont été installés l’espace d’exposition, un lieu de vente, et un amphithéâtre.
Le second à l’extrémité de l’ancienne allée principale de l’Arsat qui se termine sur une des trois entrées, sur le boulevard Mohammed V. C’est en cet endroit, défini comme une nouvelle centralité pour l’ensemble du jardin, qu’a été édifié le Cyber.
Le Show-room et l’agence
Le bâtiment regroupant le show-room et l’agence a été conçu comme une porte, avec un parti pris résolu de transparence. En accédant au jardin par cette entrée, le visiteur peut apercevoir le jardin au travers des larges baies vitrées, comme une invitation à y pénétrer.
Le kiosque est une architecture circulaire à deux faces : l’une pour le commerce et l’autre pour les toilettes publiques
Les composantes du parc
Le jardin espace d’activités
Espace largement ouvert avec ses trois entrées et des horaires conçus pour l’agrément du public, puisque le lieu est ouvert jusqu’à minuit en été, le cyber parc Arsat Moulay Abdeslam est également un lieu de rencontre et d’événement. Un espace d’exposition et un amphithéâtre permettent d’y organiser, dans un cadre unique, des rencontres.
Esplanade et théâtre
L’amphithéâtre compte 80 places assises en dur. Mais il peut en accueillir beaucoup plus grâce aux terrains engazonnés qui le ceignent.
Il dispose d’une tour, d’un mur de projection, et d’une scène.
Les bornes Multimédia
Les installations de télécommunications de l’Arsat Moulay Abdeslam sont conçues pour recevoir plusieurs de bornes. Elles se situent toutes dans le jardin moderne, afin de ne pas altérer l’authenticité de l’Arsat, le jardin vivrier.
Le cyber
Le cyber comprend, dans son espace intérieur, des postes pour adultes et d’autres pour enfants. Ces derniers font partie d’un espace éducatif. Un espace extérieur est prévu dans le futur.
Soins
Des soins ont été apportés aux arbres, la plupart malmenés par le manque d’entretien ou un élagage trop brutal.
Bordures
Au sommet des murets des bordures ont été placés des chemins d’eau en zellije vert. Rappelant les canaux d’irrigation traditionnels, ils ont pour fonction d’évacuer vers les carrés de jardin, l’eau de pluie pour éviter qu’elle n’altère les murets en y stagnant.
Bancs
S’inscrivant dans la tradition marocaine de taille de pierre, les bancs sont recouverts de plaques de marbre blanc dont les flancs sont gravés de motifs traditionnels dessinés au moyen d’un sablage profond.
Grands bancs
Ce sont des bancs à deux faces, séparées par un mur vertical où l’on s’adosse. Leur taille est suffisamment grande pour permettre aux visiteurs de s’allonger pour une sieste. Sur le côté, un plan ouvert permet à deux personnes en vis-à-vis de jouer aux échecs ou aux dames.
Grilles
Les grilles ont été entièrement refaites par les ferronniers de Marrakech. Leur tête en laiton est l’œuvre des mâalems de Fès, spécialistes de la ferronnerie en laiton coulé.
Éclairage
L’éclairage a été particulièrement pensé, le parc étant ouvert tard le soir pour permettre aux Marrakchis d’y passer les soirées d’été en plein air. Les grands poteaux de 6 mètres de hauteur produisent l’ambiance globale. Les allées sont balisées par des poteaux de 3 mètres. Enfin, les grands arbres sont illuminés d’en bas pour mettre en valeur leur haute stature. La mise en lumière de grands sujets ou de bouquets de palmier crée un effet de balisage.
Le musée des Télécoms
Le cyber parc Arsat Moulay Abdeslam a été doté d’un musée des télécommunications installé au hall de l’entrée principale. Ce musée rassemble une riche collection qui permet aux visiteurs de suivre, à travers les objets exposés, l’évolution technologique et institutionnelle des télécommunications au Maroc depuis l’introduction du téléphone en 1883 dans la ville de Tanger.
Les objets exposés et la documentation de l’exposition ont été mis en place avec le concours du musée de Maroc Telecom de Rabat.
arsatmoulayabdeslam.ma


