LE NOYER

La culture du noyer commun (Juglans regia) couvre au Maroc une superficie d’environ 4500 ha avec une production estimée à 7000 t de noix non décortiquées. Les plantations existantes sont des populations situées dans les vallées montagneuses ayant des altitudes situées entre 1200 m et 1700 m comme celles d’Azilal, Amezmiz, Ourika, Rif, Midelt et Rich. Le noyer est planté principalement au bord des courants d’eau et à la limite des parcelles, en îlots et/ou en arbres isolés. Il est cultivé pour la production de noix, du bois noble mais aussi pour l’ombre qu’il procure durant la période estivale.

L’existence d’arbres très âgés dans certaines plantations traditionnelles témoigne de l’ancienneté de la culture et qui a été probablement introduite depuis 2 à 3 des siècles.

Matériel végétal

Noyer local de semis: le matériel végétal en culture comprend essentiellement des arbres issus de semis qui constituent un peuplement local d’intérêt variable. Ce mode de multiplication a généré une assez importante variabilité génétique qui apparaît au niveau de la période de floraison, des caractères pomologiques des noix, de la vigueur des arbres et du type de fructification: type terminal ou latéral.

Les prospections menées dans les différentes régions du Maroc par l’ENA et l’INRA ont permis de repérer une centaine de clones dont certains ont des noix de gros calibre (poids: 15g, longueur: 40 mm) avec un cerneau de 5 à 6 g de poids moyen.

Ces performances sont comparables à certaines variétés d’intérêt commercial comme Franquette et Lara. En l’absence de stations de recherche en zone de montagne, la conservation de ce matériel génétique ne peut se faire qu’in situ par multiplication et greffage sur les lieux de production.

Noyer introduit: Il s’agit des variétés Bulgares (Djinovo, Drianovo, Cheinovo, Izvor) introduites en 1984 dans le cadre des actions de développement agricole soutenues par le Ministère d’Agriculture. Environ 650000 plants ont été distribués et installés dans différentes régions du Maroc, sans étude préalable de comportement. Les agriculteurs dénomment ce noyer par le terme Roumi. L’INRA avait aussi reçu ces variétés et a étudié leur comportement dans les conditions édapho-climatiques du Domaine Expérimental de Aïn Taoujdate. Leur évaluation avait montré que ces variétés sont à débourrement précoce et que ce matériel végétal ne présente pas une authenticité certaine. Les plants introduits sont des semis de noix non greffés. Treize types ont été déterminés sur la base d’observations phénologiques et pomologiques.

Une nouvelle collection avec des plants greffés des variétés (Izvor, Silistrenski, Drianovski, Djinovski et Cheinovo) a été reçue et installée au Domaine de l’INRA d’Aïn Taoujdate. Leur évaluation est en cours de réalisation et la variété Silistrenski semble être prometteuse pour la culture.

Les variétés californiennes, comme Schandler, et qui sont moins exigeantes en froid que celles d’origine française sont productives et méritent d’être essayées en conduite semi-intensive et en situation de moyenne altitude.

Possibilités d’amélioration

Considéré comme espèce forestière, le noyer est conduit d’une manière traditionnelle et ne bénéficie pas d’entretien. Les rendements obtenus sont de ce fait généralement faibles (0,5 à 1 t/ha) et alternants. Le mode de multiplication par semis donne des arbres de longue période juvénile avec des noix souvent de petit calibre.

En l’absence de stations expérimentales en zone de montagne, dans lesquelles des essais de comportement variétal peuvent être conduits pour sélectionner des variétés performantes, le patrimoine végétal local renferme une diversité très importante qui peut être exploitée dans les zones muscicoles. Les meilleurs individus repérés peuvent être multipliés par greffage et plantés, en remplacement du mode de multiplication par semis. Cette technique constitue également une voie de conservation in situ du germplasme qui constitue une richesse et un patrimoine national pouvant servir ultérieurement dans un programme d’amélioration génétique ou pour l’extension de cette culture.

Les villageois possèdent un savoir faire non négligeable et connaissent les arbres productifs qui donnent les meilleures noix. A titre d’exemple, des arbres âgés de la région d’Azilal donnent de 1 à 2 qx de noix sèches par arbres. Cette production peut être échangée moyennant un prix de 0.20 à 0,30 dh/noix. Le bénéfice tiré des noix peut être amélioré si le produit est bien valorisé, en introduisant l’emballage et la notion de produit naturel. En effet, les noix sont souvent produites dans des conditions saines et sans interventions chimiques.

Eléments de conduite

Pollinisation: Même si le noyer est autofertile, les variétés sont protandres et la période d’émission du pollen par les chatons ne couvre pas totalement celle des fleurs femelles. Il est donc important, pour obtenir une bonne pollinisation en verger commercial, de planter quelques pollinisateurs et/ou d’associer deux à trois variétés.

Distance de plantation: Le noyer est un arbre qui a un grand développement et qui est très exigent en lumière. Les distances de plantations peuvent se situer entre 8×9 à 12x12m.

Fertilisation: En l’absence de travaux de recherche à l’échelle nationale sur les besoins en éléments fertilisants, des informations tirées de la bibliographie française sont présentées à titre d’indication pour servir de guide pour un plan de fumure (Tableau 1, voir fichier PDF).

Principaux maladies et ravageurs: La bactériose (Xanthomonas juglandis), est fréquente sur noyer et cause des dégâts sur fruits qui deviennent noire avec noircissement du cerneau. Elle touche également les rameaux dont l’écorce prend un aspect noirâtre et desséché.

L’anthracnose est aussi connue sur noyer, surtout en zones humides. Le carpocapse est également fréquent sur fruits et attaque les pousses de l’année en début de printemps.

BTT 139

Ahmed OUKABLI et Ali MAMOUNI,

INRA, UR- Amélioration des Plantes et Conservation des Ressources Phytogénétiques, Meknès

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