06-02-2012 - 11:10
Publicité

Le système de navigation des anguilles

Une nuit sombre et pluvieuse, l’anguille quitte les eaux douces pour entamer un long et dernier voyage de 6000 km vers son lieu de reproduction, en Mer des Sargasses. Comment les anguilles sont-elles capables de trouver leur chemin dans l’océan Atlantique ? Les chercheurs ont peut être trouvé la réponse : les anguilles utiliseraient le champ magnétique terrestre.

Lieu de reproduction

Les anguilles européenne et américaine se reproduisent toutes deux dans ces eaux profondes et salées. La zone de frai et la zone de croissance n’ont pas toujours été aussi éloignées, mais la dérive des continents a obligé les anguilles à considérablement augmenter leur temps de trajet (5-6 mois) pour atteindre la mer des Sargasses. A ce jour, aucune anguille adulte n’a été capturée ou même observée en Mer des Sargasses.

Cette zone est extrêmement large et profonde, ce qui rend coûteuses et difficiles les expéditions. Plusieurs tentatives de marquage ont eu lieu mais aucun individu n’a pu être suivi suffisamment longtemps pour déterminer exactement le lieu de reproduction. En revanche, ces marquages ont révélé des profondeurs de nage impressionnantes, pouvant atteindre 600 à 700 mètres, explique Caroline Durif, chercheur à l’Institut de Recherche Marine à Austevoll en Norvège (Havforskningsinstituttet).

Mythique

Aujourd’hui encore, l’anguille a gardé tous ses mystères. Depuis 2000 ans, les savants se posent des questions sur sa reproduction. N’observant ni larves, ni oeufs, Aristote pensait que l’anguille n’avait pas de genre (ni mâle, ni femelle), qu’elle était un exemple de génération spontanée, engendrée par la putréfaction des algues. Vers la fin des années 1800, la première larve d’anguille a été identifiée en Méditerranée. Depuis d’autres larves d’anguilles (leptocéphales) ont été récoltées en Atlantique. Ce n’est qu’au début du 20eme siècle qu’un océanographe Danois (Johannes Schmidt) a constaté, après des années d’échantillonnages, que les plus petites (jeunes) larves étaient localisées en Mer des Sargasses et qu’il s’agissait donc du lieu de reproduction. Mais, comment les anguilles sont elles alors capables de retrouver ces eaux claires ? En partant de la cote Norvégienne, cela constitue un voyage d’environ 6000 km.

L’utilisation du champ magnétique terrestre

Les animaux disposent de plusieurs moyens de s’orienter dans l’espace. Certains naviguent grâce aux étoiles, d’autres grâce à leur odorat, ou bien en suivant les courants océaniques. Mais pour un poisson nageant à grande profondeur, le champ magnétique terrestre offre un système fiable et présent jour et nuit.

Les anguilles, qui proviennent de localités très éloignées entre elles (du nord de la Norvège, au Maroc, en passant pas les pays méditerranéens), nécessitent un système de navigation efficace et précis pour se retrouver au même endroit et au même moment pour la reproduction. La perception de l’intensité du champ magnétique terrestre peut théoriquement permettre de naviguer jusqu’en mer des Sargasses. Il est probable que l’anguille intégre une sorte de carte pendant le voyage aller, qu’elle utilisera pour le retour, dit Caroline Durif ; c’est l’hypothèse qu’elle a testée avec ses collègues de l’Institut de Recherche Marine.

Du Nord au Sud

Dans ce laboratoire quasi unique au monde (cette étude et le dispositif expérimental ont été financés par le Conseil de la Recherche Scientifique Norvégienne : Norges Forskningsråd), le Nord magnétique est modifié chaque soir pour tester le sens d’orientation de l’anguille. Les anguilles sont isolées dans un bassin dans le noir, pendant leur période de migration, à l’automne. La bobine géante permet de modifier l’orientation et l’intensité du champ magnétique terrestre, puis d’observer par caméra infrarouge le comportement de l’anguille. Caroline Durif a d’abord été surprise lorsque les anguilles s’orientaient préférentiellement vers l’est et le nord, ce qui n’était tout simplement pas la direction de la mer des Sargasses (sud-ouest). En revanche, ces directions correspondaient parfaitement à celles qu’il aurait fallu prendre pour sortir du fjord ou ces anguilles avaient été capturées. Il semblerait donc que les jeunes anguilles apprennent le chemin aller pour le reprendre à l’inverse lorsqu’elles quittent les rivières et les eaux continentales, explique-t-elle.

Il s’agit d’une découverte qui a des conséquences importantes sur la gestion de cette espèce menacée. Les mesures de gestion actuelles préconisent de déplacer les jeunes anguilles qui se sont installées dans des zones à risque vers des zones moins polluées, ou la pêche est moins importante et les barrages absents. Or si ces individus sont brusquement déplacés vers des zones inconnues elles ne retrouveraient pas le chemin du retour et seraient donc dans l’impossibilité de se reproduire.

Un GPS intégré

L’étude a montré que l’anguille naviguait grâce à l’intensité du champ magnétique. Cette intensité varie selon la latitude et permet à l’anguille et à d’autres animaux de connaître leur position sur la terre. C’est un peu comme un GPS intégré, explique Caroline Durif. Pour le moment, les chercheurs ne connaissent pas précisément les mécanismes physiologiques derrière ce système, ni quel composante du champ magnétique est perceptible par les anguilles.

Les anguilles ne sont pas sexuellement matures lorsqu’elles quittent les eaux continentales. Les facteurs qui déclenchent cette maturation ne sont pas connus et c’est une des raisons pour lesquelles l’élevage d’anguille européenne est loin d’être maîtrisé. Des expériences ont montré que le champ magnétique peut avoir une influence sur la physiologie des espèces migratrices. Durif a l’intention d’examiner l’effet du champ magnétique présent en mer des Sargasses sur le déclenchement de la maturation sexuelle.

L’anguille européenne

- catadrome (se reproduit en eau salée, grandit en eau douce ou eau salée)
- L’anguille européenne est fortement menacée : Le recrutement se situe actuellement entre 1 et 5% du niveau d’avant 1980
- Sur la liste rouge des espèces de poissons menacés
- la forte baisse est due à la surpêche, la pollution, la maladie, la construction de barrages dans le cadre de développement de l’hydroélectricité et le réchauffement climatique

.bulletins-electroniques.com

Laisser un commentaire
Votre avis nous intéresse


Publicité petites annonces agricoles